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Coopératives Jeunesse de Services, Trophée FSE de Bronze

19.12.2017 Actualités

En 2013, une délégation d’entrepreneurs bretons de l’économie sociale et solidaire décide de tester le concept, importé du Québec où il existe depuis 25 ans. Via le réseau de l’Ouvre-boîte 44 dont la vocation est d’accompagner des entrepreneurs dans leur projet, les CJS permettent à des groupes de jeunes de 16 à 18 ans de créer une entreprise de A à Z. Entreprise éphémère puisqu’elle est dissoute à la fin de l’été mais vraie entreprise néanmoins puisqu’elle peut potentiellement générer un chiffre d’affaires.

 

En 2017, les CJS se déploient sur cinq territoires : Rezé, Saint-Herblain, Saint-Sébastien-sur-Loire, Nantes et Nort-sur-Erdre.

Été entrepreneurial

Fais et apprends. Fais avec les autres et apprends sur toi. Apprends à faire et apprends à être. Chaque année depuis 2013, en juillet et août, Les Coopératives Jeunesse de Services proposent à un groupe d’une quinzaine de jeunes âgés de 16 à 18 ans, de passer un autre été. Les plages deviennent horaires pour organiser un planning. La pelouse n’attend pas que l’on s’y allonge mais qu’on la tonde. On répartit les rôles en fonction des talents et appétences de chacun, comme on aurait constitué une équipe pour un tournoi de beach-soccer. D’autres vacances. Un été entrepreneurial pour découvrir le monde du travail et se découvrir soi-même, avec les autres. « Les Coopératives Jeunesse de Services s’appuient sur la philosophie de l’éducation populaire. Elles défendent ainsi l’idée que c’est en faisant que l’on apprend. » témoigne Simon Careil, chargé d’accompagnement à l’Ouvre-boîte 44 et coordinateur des Coopératives Jeunesse de Services (CJS).

 

Pendant deux mois, le groupe, mixte et paritaire, apprend à faire ensemble, à travers la création d’une société éphémère de services. Ménage, jardinage, gardiennage ou baby-sitting, l’enjeu est de structurer l’offre, l’équipe et le fonctionnement. Ensemble, le groupe découvre et explore toutes les dimensions de l’entreprise : quel nom, quelle offre, à quel prix, qui fait quoi, quand, comment, de quelle heure à quelle heure… Autant de questions qui alimentent les discussions collectives. Simon Careil décrit : « Deux animateurs accompagnent le groupe dans ses réflexions et décisions. Au fil du temps, le groupe se prend de plus en plus en charge, jusqu’à être autonome. C’est tout l’intérêt de la démarche. Et l’expérience prouve que cela fonctionne ! Le groupe apprend à se connaître, à fonctionner ensemble. Chacun des membres trouve sa place, apprend à faire avec l’autre. Au début de l’été, la plupart arrivent timidement avec un petit discours. Fin août, ils ont gagné en maturité, en autonomie et souvent en confiance. » Tout est source d’apprentissage dans la mesure où tous les sujets de l’entreprise sont abordés, même les plus sensibles. « Si du chiffre d’affaires est dégagé, le groupe doit se mettre d’accord sur ce qu’il en fait. Faut-il le redistribuer ? Comment ? En fonction des responsabilités de chacun, du temps consacré au projet, de façon égalitaire ? »
 

Mises en place par un comité local qui regroupe les partenaires de chacun des territoires (associations jeunesse, villes, entreprises, collectivités locales), les CJS sont organisées sur les principes de l’économie sociale et solidaire, et promeuvent un fonctionnement coopératif ; pas de chef unique mais une gouvernance partagée et une répartition des rôles selon les compétences ou attraits de chacun. Qui est tenté par la gestion des ressources humaines aura à gérer par exemple les demandes de congés. Qui est attiré par la comptabilité, la communication ou le commerce aura la responsabilité de ce service de l’entreprise. S’il ne s’agit pas complètement de faire pour de vrai, car l’entreprise estivale a vocation à s’éteindre à la fin de l’expérience, il ne s’agit pas non plus de faire pour de faux. Le travail et les services rendus sont réels, autant que l’argent généré. Simon Careil explique : « L’entreprise créée génère de l’argent mais c’est loin d’être le moteur central ! Chaque jeune peut terminer son été avec 200 euros nets, 500 maximum. Ici, personne ne vient chercher de l’argent mais plutôt une expérience professionnelle, humaine, personnelle et collective. Les jeunes découvrent comment fonctionne véritablement le monde de l’entreprise, ils apprennent à se débrouiller, à composer avec un groupe. »
 

Un projet aux multiples dimensions car si l’apprentissage est personnel, il est aussi collectif. Et collectif dans une dimension qui dépasse même celle du groupe réuni. Pour Simon Careil, les CJS mettent à mal de nombreux clichés, au sein du groupe mais au-delà : « Je pense à ce bailleur social nantais qui a commandé des travaux de nettoyage. En bas des tours, les jeunes entrepreneurs ont échangé avec des habitants, de tout âge, curieux de comprendre la démarche. Les adultes changent ainsi de regard sur les jeunes et les jeunes, sur le monde des adultes et du travail. » Le but des CJS, c’est la réussite collective. Une expérience globale qui apprend sur soi et sur les autres. Qui apprend à faire et à être. Qui ne dure que deux mois mais dont les bénéfices vont en réalité au-delà d’un été. Simon Careil revendique un investissement sur le long terme : « Les CJS, c’est une graine plantée pour demain. Pour le monde du travail, pour les relations, pour la capacité à vivre et travailler ensemble. » Pendant deux mois, ces entrepreneurs bardés de leur 16 années, nettoient, gardent, tondent, taillent, mais aussi, mais surtout, ils s’interrogent, parlementent, découvrent, décident, agissent. « Depuis 2013, l’expérience prouve que l’aventure des CJS est impactante pour tout le monde. Pour certains, cela déclenche la reprise des études, parfois même la découverte d’un métier comme pour cette jeune fille qui s’est éprise de la comptabilité. Pour d’autres, l’impact est moins visible, plus diffus, mais il est bien là. »

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