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Interview de Thomas Guilluy, Directeur Général d’Ares

09.10.2018 Rencontres FSE

« Donner du sens au business », tel est le crédo de Thomas Guilluy, directeur général d’Ares. Groupe d’entreprises d’insertion créé en 1991, la vocation principale d’Ares est de favoriser l'insertion socioprofessionnelle de personnes en grande exclusion au travers de démarches entrepreneuriales socialement innovantes. Le groupe bénéficie du soutien du FSE.

Qu’est-ce qui vous a amené à la direction d’Ares ?

Diplômé de l’Ecole Supérieure de Commerce de Paris, j’ai d’abord participé à la création de l’entreprise d’insertion Ares Coop au sein d’Ares pendant mes études en 1998. J’ai ensuite créé l’ONG Sport Sans Frontière en 1999, aujourd’hui devenue Play international, puis le chantier d’insertion Atelier sans frontière en 2002, avant de prendre la direction d’Ares en 2006.

Quelle est la mission d'Ares ?

Ares est un groupe d’entreprises d’insertion qui s’adresse à des personnes en situation d’exclusion : jeunes sans qualification, chômeurs de longue durée, personnes handicapées, sans domicile fixe, anciens détenus…

L’objectif est de favoriser leur insertion en les accompagnant vers l’autonomie et la définition d’un projet professionnel et en développant leur confiance dans leurs compétences.

Vous avez mis en place un projet soutenu par le FSE. Quel est le contexte et l’origine de ce projet ?

Nous avons sollicité le soutien du FSE au titre de notre démarche expérimentale d’innovation sociale : Ares Lab, un pôle Innovation et Développement au sein du groupe. La volonté initiale était de dépasser le cadre du droit commun et d’explorer, formaliser, développer, capitaliser sur de nouvelles pratiques et collaborations dans une logique de développement du groupe et du secteur de l’insertion professionnelle à travers l’amélioration des outils et process. 

Quels sont les objectifs et les actions concrètes menées ?

L’objectif est d’augmenter le nombre de personnes accompagnées et d’élaborer de nouvelles méthodes d’accompagnement à destination des professionnels de l’insertion.

Nous avons développé l’application Oasis 2.0, en partenariat avec des entreprises et des chercheurs, pour évaluer les soft skills (compétences transversales) des personnes et les rendre transférables aux métiers cibles. L’outil a été déployé au sein d’Ares et a été mis à disposition d’autres acteurs de l’IAE. 850 personnes ont été évaluées en 2017. Nous prévoyons d’en toucher un peu plus de 1 000 en 2018.

En 2016, nous avons créé une nouvelle joint venture sociale en Seine-Saint-Denis avec Accenture, un des leaders mondiaux des services numériques. Cette co-entreprise vise à favoriser l’insertion des personnes dans les métiers du digital, en particulier sur des activités de tests informatiques et de support utilisateur de premier niveau. L’entreprise dispose aujourd’hui de cinq clients et d’une trentaine de salariés.

A noter également le déploiement du pôle Ares emploi, positionné sur le développement des partenariats avec les 70 entreprises qui gravitent autour d’Ares.

Quelle nouvelle dynamique avez-vous mis en place grâce à ce projet ?

Ares est passé de trois entreprises sociales créées à 13 aujourd’hui et de 100 personnes accompagnées à 700. Nous enregistrons un taux de retour à l’emploi d’environ 70 %, un taux très supérieur à la moyenne du secteur. Le FSE a contribué à démultiplier l’impact de la démarche, y compris sur le plan du nombre de collaborations avec les entreprises partenaires.

13

entreprises sociales

700

personnes accompagnées

70 %

taux de retour à l'emploi

En quoi ce projet développe-t-il une nouvelle approche ?

Le recours au modèle de joint-venture dans le secteur de l’insertion est quelque chose de nouveau. Il consiste à allier le savoir-faire métier d’une entreprise classique et l’expertise sociale d’une entreprise d’insertion. Ares travaille actuellement sur un programme de recherche pour modéliser cette méthode et la dupliquer dans d’autres secteurs et zones géographiques.

Ce modèle commence d’ailleurs à être reconnu par les pouvoirs publics. On en trouve trace dans la feuille de route du Haut-Commissariat à l’économie sociale et solidaire et à l’innovation sociale ou encore dans le plan stratégique de développement de l’ESS du Conseil régional d’Ile-de-France.

L’autre aspect innovant concerne l’efficacité de l’accompagnement vers l’emploi des personnes avec des outils comme Oasis 2.0. Le fait de professionnaliser l’approche par les compétences transversales en mettant autour de la table des entreprises, des chercheurs et des praticiens de l’insertion pour développer des référentiels adaptés à partir d’un outil numérique facilement exploitable et diffusable est un concept novateur.

Quels sont les facteurs de réussite d’une telle démarche ?

Un partenariat fort avec les entreprises est incontournable. Chez Ares, il prend plusieurs formes : relation client-fournisseur avec des entreprises engagées sur des politiques d’achat responsable, passerelles vers l’emploi et l’employabilité dans le cadre de la GPECT, mécénat, RSE, co-entreprises sociales tremplin...

Un autre facteur de réussite est de mobiliser les bonnes compétences, notamment des savoir-faire pointus en conduite de projets complexes.

Comment améliorer le dispositif ?

Jusqu’à présent, la démarche a principalement bénéficié aux salariés en insertion d’Ares. Or nous souhaitons que les pratiques et outils puissent bénéficier aux autres structures du secteur, dans une logique d’open source.

L’outil Oasis 2.0 pourrait ainsi bénéficier à 100% des structures d’insertion en France. Pour passer ce cap-là, il y a un important travail de diffusion à réaliser. Ce changement d’échelle pourrait être mieux soutenu avec les outils digitaux, encore insuffisamment développés dans le secteur de l’insertion qui continue de mobiliser des méthodes assez artisanales. La transformation digitale des pratiques fait aujourd’hui partie des priorités d’Ares, à travers sa démarche d’essaimage Ares Plus.

Quelles perspectives envisagez-vous pour la suite ?

Nos prochains chantiers concernent la transformation digitale des pratiques de l’insertion, l’essaimage des outils et services, la création de nouvelles co-entreprises socialement innovantes et la poursuite des plaidoyers auprès des pouvoirs publics, des acteurs de l’ESS et des entreprises.

Qu’attendez-vous du FSE à l’avenir ?

Nous souhaitons qu’il permette d’accompagner des logiques d’innovation et de changement d’échelle en intervenant sur des programmes ambitieux.

Mais le FSE reste difficile à mobiliser. Même si certaines choses ont été simplifiées, les délais sont encore trop longs : il se passe parfois plus de deux ans avant que les financements ne soient débloqués. Or, toutes les structures n’ont pas les ressources propres suffisantes pour attendre ces remboursements.

Globalement, nos interlocuteurs au sein de l’administration savent de quoi ils parlent et s’inscrivent dans une logique de compagnon de route d’Ares.

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