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Projet Construit-Toit

30.01.2020 Actualités

Dans le cadre d’un appel à projet FSE lancé par le Conseil départemental du Val-de-Marne, le dispositif Construit-Toit accompagne 30 jeunes primo-arrivants de 15 à 17 ans en les hébergeant dans des appartements partagés pour construire avec eux un parcours de réinsertion professionnelle par la scolarité et l’apprentissage d’un métier. L’objectif est qu’à leur majorité, leur situation professionnelle soit stabilisée pour qu’ils puissent régulariser leur séjour.

« Le projet est intéressant car on est sur un accompagnement global des mineurs étrangers »

Ancienne avocate au barreau de Paris spécialisée en droit des étrangers, Sandra Elebé est juriste et cheffe de projet Construit-Toit depuis janvier 2018 au sein de Relais 94, un établissement rattaché à l’Association de Prévention Soins et Insertion (APSI). Au quotidien, elle pilote le déploiement du projet, reçoit les jeunes, gère le patrimoine immobilier lié aux hébergements, encadre les ateliers et les actions collectives (sorties culturelles et sportives) et coordonne les partenariats.

« Le projet est intéressant car on est sur un accompagnement global des mineurs étrangers. On a affaire à des jeunes de 15, 16 ou 17 ans, sans formation, qui maitrisent mal le français. L’idée est donc de les aider à s’insérer professionnellement mais aussi culturellement pour répondre aux exigences de la régularisation du séjour » explique Sandra.

L’accompagnement dure entre un an et 18 mois, en lien étroit avec les éducateurs spécialisés de l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE) du Conseil départemental, qui participent au sourcing des jeunes et demeurent leurs référents. Les jeunes passent alors d’un hébergement dans des hôtels sociaux à des appartements partagés.

« Un moniteur-éducateur de Relais 94 accompagne les jeunes au quotidien dans l’entretien des logements, l’accompagnement chez le médecin, les prises de rendez-vous, mais surtout par rapport à l’entretien du logement. Ce sont des jeunes qui viennent d’hôtels et qui n’ont jamais habité seul. Le moniteur leur apprend à faire à manger, faire la vaisselle, le ménage », précise Sandra.

Si certains jeunes sont à l’aise avec la langue française, notamment ceux issus de pays francophones, d’autres sont amenés à passer des certifications s’ils ne l’ont pas déjà fait avec l’ASE.

Le dispositif porte une attention particulière à l’insertion professionnelle des jeunes, clé de voûte de leur régularisation. Les conseillers collectent des offres d’emploi auprès du Service Public de l’Emploi et du Conseil départemental et aident les jeunes à préparer leurs CV et les entretiens de recrutement. « Le CESEDA[1] exige que les jeunes soient en alternance. L’idée est donc de leur trouver un CFA et un employeur. Notre portefeuille d’entreprises a été construit par nos deux conseillers en insertion professionnelle, qui disposent d’une bonne vision des secteurs d’activité qui recrutent sur la région » rappelle Sandra.

Des résultats très encourageants

Pour Sandra Elebé, les résultats sont très encourageants : « Les employeurs sont généralement satisfaits, certains jeunes obtenant même des promesses d’embauche après leur contrat en alternance, notamment sur des métiers en tension qui recrutent (artisans, boulangers, pâtissiers…). »

Quelques difficultés peuvent néanmoins émerger au cours de l’accompagnement, comme le refus d’ouverture d’un compte bancaire ou de délivrance de passeports – notamment pour les Guinéens – la barrière de la langue ou encore les délais impartis liés à la régularisation. Certains cas d’abus sont également recensés quant aux conditions de travail des jeunes dans certaines entreprises.  

Le succès du dispositif se constate également sur le plan éducatif : « On est assez contents. Quand on a reçu les jeunes, la plupart étaient scolarisés en classes de remobilisation, donc pas vraiment scolarisés. Maintenant on a 26 jeunes sur les 30 inscrits en CAP ».

Des effets positifs confirmés au niveau de l’insertion sociale : « On a vu les jeunes évoluer. Le jour où ils intègrent les logements en autonomie, ils apprennent très vite à se débrouiller, faire à manger, gérer leur budget. Ce sont donc des jeunes extrêmement responsables, c’est-à-dire que dès le départ, ils avaient tout à fait conscience du laps de temps réduit pour se mettre sur les bons rails. Ils ont presque facilité la tâche en ce sens où l’approche proposée est différente que celle d’un éducateur spécialisé. L’approche est moins maternante. »

Nonobstant, le dispositif apparait parfois en décalage avec le profil des mineurs accompagnés : « Quelques fois, il y a des jeunes dont on sent qu’ils pourraient prétendre à autre chose du point de vue intellectuel, du niveau d’instruction et du projet professionnel, mais qu’on est obligés de ramener aux exigences de régularisation en les orientant sur du CAP, alors que certains voudraient faire un bac pro ou aller à l’université. On leur dit que le plus important est d’abord d’aller en alternance pour être régularisés. Ils doivent donc patienter », dénonce Sandra.

Des perspectives de pérennisation en 2019

Relais 94 s’apprête d’ores-et-déjà à répondre au deuxième appel à projets FSE du Conseil départemental : « On va reprendre le même travail avec de nouveaux jeunes pour 2019. Comme la première année s’est bien passée, la seconde sera mieux. Il y a des choses que je ne maitrisais pas forcément au début et que je maitrise mieux maintenant, par exemple tout ce qui concerne l’aspect éducatif », souligne Sandra.

Outre le recrutement de deux conseillers en insertion professionnelle supplémentaires et un partenariat envisagé avec les chambres des métiers, un journal devrait être édité pour permettre aux jeunes de raconter leurs parcours, pour ceux qui le souhaitent. Pour en savoir plus sur Construit Toit, découvrez la vidéo du projet !


[1] Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

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