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Un circuit-court vers l’emploi : la Plateforme Emploi Entreprises

05.03.2020 Rencontres FSE

Clémentine Chaniol, responsable du Département Emploi-Entreprises de l’Union Cépière Robert Monnier, à Toulouse

Dans les quartiers de la politique de la ville, l’accès à l’emploi relève du parcours du combattant. Le taux de chômage reste 2,7 fois supérieur à la moyenne nationale.
A Toulouse, l’Union Cépière Robert Monnier (UCRM) propose, avec le soutien du FSE, un circuit-court efficace vers l’emploi : la Plateforme Emploi Entreprises. Portrait de Clémentine Chaniol, qui coordonne et anime le dispositif.

L’histoire de Clémentine Chaniol est d’abord celle d’une reconversion personnelle précoce et rapide. Jeune diplômée de Sup de Co Poitiers, Clémentine Chaniol « se rend vite compte que les débouchés naturels offerts par son école de commerce risquent de l‘éloigner de ses valeurs humanistes et de la priorité qu’elle accorde aux relations humaines ». Elle rejoint donc l’association Transfer pour conduire des recrutements par mise en situation pour le compte du syndicat intercommunal du Montmorillonnais. La voilà lancée. Direction Toulouse, ensuite, et l’Union Cépière Robert Monnier (UCRM), association spécialisée dans l’accompagnement médico-social et l’insertion professionnelle. Elle exerce 10 ans comme chargée de mission IOD (Intervention Offre Demande) avant de prendre la tête du Département Emploi-Entreprises de l’Union Cépière Robert Monnier.

Embauchée « sans profil spécifique requis, sur un métier dont elle possédait les codes et les savoir-être professionnels mais pas l’expertise technique », Clémentine Chaniol a elle-même bénéficié du processus qu’elle va s’appliquer à développer de façon méthodique : l’accès à l’emploi direct.

Agir dans les quartiers

Sous son impulsion, l’UCRM expérimente la Plateforme Emploi Entreprises dans le quartier Empalot, à Toulouse, avant de l’étendre fin 2018 à La Reynerie. Dans ce grand quartier prioritaire du Mirail, 35,8% des actifs de moins de 30 ans sont demandeurs d’emploi et 29,5% des jeunes ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation (NEET)[1].

Une médiation pour l’insertion par l’emploi direct

En quoi consiste cette Plateforme Emploi Entreprises ? « C’est tout à fait autre chose qu’un parcours d’insertion classique, prévient Clémentine Chaniol : au lieu d’en passer par toutes les étapes du diagnostic de situation, de la définition et de la validation d’un projet professionnel, du travail sur les outils de recherche, avant de passer à la phase de prospection active, nous misons au contraire tout de suite sur une mise en relation directe ». Cerner les envies, les savoir-faire et les motivations des candidats, les conseilleurs d’UCRM organisent une première visite chez de potentiels employeurs. Rapidement, un entretien « in situ » de mise en situation permet aux deux parties de faire connaissance dans « des conditions réelles de travail, donnant au candidat la possibilité de faire valoir ses capacités d’action concrètes au-delà de son expérience et de sa motivation ». Dernière étape : un suivi dans l’emploi 3 mois après la prise de poste, pour « s’assurer que tout le monde reste bien en phase, et même quand tout se présente bien », insiste Clémentine Chaniol. Résultat, un parcours vers l’emploi qui dure six mois, pour des personnes au chômage parfois depuis plusieurs années.

Des bénéfices partagés

Près de 900 entreprises dont 200 fidélisées et actives, majoritairement des PME, ont intégré la plateforme. Elle leur apporte ainsi un appui précieux dans leur recrutement : un gain de temps et d’argent, bien sûr, mais aussi la possibilité de vérifier qu’on ne s’est pas trompé, ou de procéder rapidement aux ajustements nécessaires au cours des premier mois.

D’année en année, les résultats de la Plateforme Emploi Entreprises progressent, affichant 78% de sorties positives en 2018. Pour les demandeurs d’emploi concernés, parmi lesquels 35% ne disposent d’aucune expérience ni qualification, le bénéfice est indiscutable : au-delà du retour à l’emploi, ils acquièrent un véritable réseau d’appui, une force personnelle reconstituée face aux discriminations, une dignité et une confiance en soi restaurées. « Le succès de la Plateforme Emploi Entreprises repose avant tout sur la force du partenariat que nous avons développé avec le Medef, les entreprises mobilisées par l’association NQT et celles s’étant engagées dans le PAQTE (Pacte avec les quartiers pour toutes les entreprises) et les demandeurs d’emploi des quartiers », estime Clémentine Chaniol, qui déroule déjà la liste des défis qui attendent l’UCRM : d’abord « s’occuper des 22% qu’on a perdus faute peut-être, d’avoir su leur proposer un accompagnement global » (logement, santé, mobilité) en s’appuyant sur les autres ressources de l’UCRM ; ensuite « élargir le cercle » et partager avec les associations locales, le service public de l’emploi et tous ceux qu’on pourra embarquer dans la culture de « l’insertion directe » pour éviter les ruptures de parcours et mailler une chaîne continue d’intervention. Enfin, « ouvrir son esprit à d’autres pistes métiers » et à d’autres voies, comme la culture ou le sport, avec de nouveaux partenaires. Un pack pour l’emploi, « pour avancer tous ensemble ».

 


[1] Données nationales, Source Commissariat général à l’égalité des territoires (CGET), novembre 2018

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