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Egalité femmes-hommes en Europe : où en sommes-nous ?

08.03.2019 Actualités

Beaucoup reste à faire pour atteindre une réelle égalité des genres. C’est pourquoi elle constitue l’une des priorités de la Présidence française du G7 en 2019 avec 3 objectifs principaux : la protection des femmes contre les violences, l’accès des filles à l’éducation et l’entreprenariat féminin. C’est aussi l’un des objectifs clés de l’Union européenne depuis l’instauration du Traité de Rome en 1957. Au fil des ans, elle s’est dotée d’un dispositif juridique solide et de leviers financiers afin de promouvoir l’égalité des chances.

Un diagnostic connu : il reste encore à faire

En moyenne, le taux d'emploi dans l'Union européenne en 2017 est plus élevé pour les hommes (73 %)[1] que pour les femmes (62 %). Cette différence s'accentue avec le nombre d'enfants : avec trois enfants ou plus, le taux d'emploi baisse à 57 % pour les femmes, 85 % pour les hommes. Les femmes sont également plus concernées par le travail à temps partiel, 32% contre seulement 9 % des hommes, et par le chômage : 7,9 % contre 7,4 %.

Inégalité encore en termes de progression de carrière. Au travail, les hommes occupent généralement des postes supérieurs à ceux des femmes : ainsi seulement un tiers (34 %) des cadres supérieurs sont des femmes en 2017. Enfin, les femmes gagnent en moyenne 16,2 % de moins que les hommes (comparaison des salaires horaires bruts moyens en 2016).

Pourquoi de telles inégalités subsistent-elles ? Ce n’est pas le niveau d’éducation des femmes qui est en cause : en Europe 33 % d’entre elles, contre 30 % des hommes, atteignent les niveaux d’éducation supérieurs. Ni la difficulté à concilier vie professionnelle et maternités successives : si elles s’accroissent au fur et à mesure des maternités, ces inégalités se forment avant l’arrivée des enfants, surtout pour les non-diplômées du baccalauréat. C’est ce qu’a démontré une étude récente de la Dares sur des générations nées entre 1932 et 1957. Ses auteurs affirment que « l’existence d’inégalités avant la première naissance suggère que l’arrivée d’un enfant n’en est pas l’unique facteur. Les normes sociales et les présupposés à l’égard des femmes jouent probablement un rôle important dans la formation et l’évolution des inégalités femmes-hommes tout au long de leur vie active ».

Ce qui est en jeu, avant tout, c’est l’aspect genré de l’éducation et des formations. Ainsi, en France, les universités de lettres et sciences humaines comptent 69,7%[2] de femmes tandis que les formations d’ingénieurs n’en comptent que 26,9 %. Des réalités qui ont un impact direct sur les filières professionnelles : ainsi on trouve seulement 15% de femmes dans le secteur, très porteur, du numérique. Les stéréotypes culturels qui sont véhiculés sont un autre frein à l’égalité.

Une dynamique à l’œuvre à tout niveau

  • Au niveau international, l’engagement du G7

Le Canada, pays organisateur du précédent G7, a créé un Conseil consultatif sur l’égalité femmes-hommes. Au Sommet du G7, de concert avec l’Union européenne, l’Allemagne, le Japon, le Royaume-Uni et la Banque mondiale, il a été annoncé un investissement de près de 3,8 milliards de dollars canadiens pour offrir une éducation de qualité aux femmes et aux filles qui vivent en situation de crise, de conflit ou dans les États fragiles. Il s’agit du plus grand investissement de ce type jamais réalisé.

En 2019, la France a décidé d’élargir la composition du Conseil consultatif à des représentants de multiples secteurs (secteur privé, recherche, monde artistique, société civile, jeunesse, organisations internationales, etc). Il s’est réuni le 19 février à Paris en présence du président de la République Emmanuel Macron, qui a annoncé à cette occasion la création d’un fonds de 120 millions d’euros pour financer des ONG et des projets à l’international sur l’égalité femmes-hommes (via l’Agence française de développement). Le conseil consultatif interviendra durant l’année lors des réunions ministérielles du G7 et fera part de propositions concrètes et de livrables lors du Sommet des chefs d’Etat à Biarritz, du 24 au 26 août prochain.

  • En France, une grande cause nationale

Le Président Emmanuel Macron a déclaré l’Egalité entre les femmes et les hommes « grande cause nationale » du quinquennat. L’éducation, l’accompagnement des victimes et le renforcement de l’arsenal répressif sont les 3 piliers qui soutiendront les actions menées dans le cadre d’un plan quinquennal de lutte contre les violences sexuelles et sexistes, dans lequel tous les ministères seront impliqués.

Parmi les mesures récentes, les entreprises de plus de 1 000 salariés ont l'obligation, depuis le 1er mars dernier, de publier les résultats de leur Index de l’Egalité Hommes-Femmes destiné à réduire les écarts salariaux injustifiés entre les salariés des deux sexes. Elles doivent également transmettre leur note globale sur 100 à l'administration. Celles qui comptent entre 250 et 1 000 salariés ont jusqu'au 1er septembre prochain pour agir. Et celles qui ont entre 50 et 250 salariés devront être prêtes en mars 2020. Les entreprises dont l’index se situe sous la barre des 75 points auront trois ans pour se mettre en conformité. Dans le cas contraire, elles seront sanctionnées financièrement jusqu’à 1% de leur masse salariale.

La grande cause du quinquennat a été intégrée par le Comité interministériel de coopération internationale et du développement (CICID) du 08 février 2018. De ce fait, l’action extérieure de la France intègre l’égalité femmes-hommes comme un principe transversal. Avec l’appui du Conseil consultatif, la Présidence française du G7 identifiera ainsi un ensemble de lois parmi les plus favorables aux femmes dans le monde. Ce bouquet législatif sera soumis aux États du G7. Il leur sera proposé de s’engager à adopter ou à s’inspirer d’au moins une loi de ce recueil de législations en faveur des femmes.

 

  • Au niveau européen, une priorité

Un rapport adopté par les députés de la commission des droits de la femme et de l’égalité des genres du Parlement européen en février 2017 a rappelé la nécessité pour l’Union européenne de faire de l’égalité des genres une priorité politique. De son côté, le Conseil de l’Europe a adopté une Stratégie pour l'égalité entre les femmes et les hommes 2018-2023 qui témoigne de l’engagement politique à faire face aux défis actuels et nouveaux et à supprimer les obstacles pour parvenir à une égalité réelle et pleine entre les genres. Tandis que la Commission européenne s’engage à intégrer cette question dans toutes ses politiques, et à la promouvoir dans sa législation et les projets soutenus : ainsi, pour la programmation 2014-2020 des fonds européens structurels et d’investissement (FESI), elle a retenu trois principes dits « horizontaux » parmi lesquels figure le « principe d’égalité entre les femmes et les hommes ».

 

Zoom sur le Fonds Social Européen

 

Le Fonds Social Européen (FSE) est l’un des principaux leviers financiers européens pour soutenir l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes. Celle-ci doit être respectée et promue dans tous les projets qu’il cofinance, en tant que principe transversal pour lever les freins à l’insertion professionnelle et social des femmes.

Depuis 2014, plus d’un million de femmes ont été accompagnées et soutenues dans le cadre d’actions cofinancées par le Fonds Social Européen.

 

Au-delà des formations initiales plus réduites et de l’éducation genrée, des freins indirects à l’emploi des femmes se rajoutent tout au long de la vie comme, notamment,  la garde d’enfants ou encore la mobilité, comme le précise l’étude relative aux freins et aux leviers pour l’accès des femmes à l’emploi dans les territoires ruraux réalisée par le Commissariat à l’égalité des territoires (CGET). Le type de territoire (rural notamment) peut avoir un effet amplificateur sur ces difficultés.

Ainsi, le FSE soutient des actions qui enclenchent les leviers de l’insertion professionnelle et sociale des femmes.

 

  • Des formations initiales et professionnelles  plus réduites et les discriminations dans la sphère professionnelle

Levier pour l’action : comprendre la stratification et l’absence des femmes dans les emplois dits « masculins ».

Initiative soutenue par le FSE: L’étude « Les inégalités hommes-femmes dans les métiers du BTP ».

L’Institut de formation du bâtiment et des travaux publics (IFBTP) Rhône-Alpes a porté entre 2014 et 2015 un projet visant à comprendre les mécanismes d’inégalité dans les métiers du bâtiment. Durant une année, l’institut a conduit des entretiens avec des dirigeants et dirigeantes d’entreprises du bâtiment pour échanger sur les outils mis en place en vue de faciliter la mixité sur les lieux de travail. Les résultats de cette étude montrent que les freins à l’égalité femmes-hommes relèvent davantage  des perceptions et préjugés socio-culturels sur la place des femmes et des hommes dans la société que de la nature de l’activité et la pénibilité de ce secteur.

 

Levier pour l’action : Informer sur les discriminations envers les femmes dans la sphère professionnelle.

Initiative soutenue par le FSE: « Gagner l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes ».  

Entre 2015 et 2017, la CGT a mené une campagne de sensibilisation et créé des outils pédagogiques pour informer les salariées sur leur droits et ainsi permettre de favoriser le dialogue social. Un site web dédié, 5 vidéos d’animation et un Guide de la négociation « Gagner l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes » ont été diffusé. Au total, 17 500 exemplaires ont été distribués.

 

  • La garde d’enfants

-Levier pour l’action :

Solution de garde d’enfants qui s’adapte au travail des femmes et aux besoins des entreprises.

-Initiative soutenue par le FSE: « Loustic Service ».

Dispositif mis en place par la communauté de communes de Haute Cornouaille depuis 2004. Il est né d’une demande de l’entreprise SOCOPA, le plus gros employeur du territoire qui peinait à recruter du personnel en raison de la problématique de la garde d’enfants sur des horaires décalés, notamment tôt le matin. La Communauté de Communes a ainsi mis en place un service de garde d'enfants à domicile sur des horaires atypiques et 7 jours sur 7, afin de répondre aux besoins non couverts par les modes d'accueil fonctionnant en journée. Des auxiliaires de vie interviennent au domicile des parents, tôt le matin ou tard le soir, en complément des modes de garde habituels. « Loustic Services » est un accueil relais et assure une continuité de la prise en charge des enfants de 2 mois et demi à 12 ans. Les faibles tarifs appliqués garantissent une accessibilité au service pour toutes les familles.

En 2018, le service est intervenu auprès d’une trentaine de familles, soit 54 salariés, dont des foyers monoparentaux.

 

  • La mobilité

-Levier pour l’action : Assurer une mobilité quotidienne accessible et autonome à celles et ceux qui en ont besoin.

-Initiative soutenue par le FSE: « Bougez pour l’emploi ».

Dans les Hauts de France, les plateformes de mobilité de l’association WIMOOV, du Valenciennois et du Cambrésis apportent des solutions alternatives aux réseaux de transports existants mais limités aux grands axes et aux zones urbaines sur ces territoires en partie ruraux. Une fois les besoins des bénéficiaires définis, un accompagnement (physique, téléphonique ou numérique) individuel est mis en place ainsi qu’une offre spécifique de mobilité. Celle-ci peut être de nature matérielle (location de véhicules, covoiturage, réparation…), pédagogique (conseils, accès aux droits, actions de formation….) ou financière (accès au micro-crédit, à la tarification sociale ou d’autres solutions financières).

En 2018, ce sont près de 1 000 personnes qui ont été accompagnées.

 

  • L’Entrepreneuriat

-Levier pour l’action : Accompagner et soutenir les femmes dans leur création d’entreprise. Un domaine où elles sont peu présentes : seul 32 % des créateurs d’entreprises sont des femmes (enquête SINE, 2010).

-Initiative soutenue par le FSE: « Odette and co ».

Entre 2017 et 2018, le FSE a soutenu le collectif Odette and co  et leur projet de  coopérative éphémère d'activités  pour les femmes en Ardèche du nord. Le but ? Réunir les femmes, d’âges et d’horizons différents, animées par la même envie de création d’activité, et développer leurs compétences par une mise en activité réelle. Le collectif s’est également doté de médias de proximité par et pour les femmes rurales, notamment un site et des émissions de radios. Si le projet de coopérative éphémère a regroupé 12 femmes et 1 homme, ce sont au total plus de 60 personnes qui ont été accompagnées par Odette and co depuis sa création. Animé par l’envie d’aller plus loin, le collectif porte également un projet Erasmus de mobilité adulte pour les femmes rurales : Network of rural active women (NETRAW).

 

Et bien plus encore…..

 

Ma boîte à outils : le guide Favoriser l’accès à l’emploi des femmes dans les territoires ruraux élaboré par le commissariat général à l’égalité des territoires (CGET), en partenariat avec le ministère du Travail, représenté par la délégation générale à l’emploi et à la formation professionnelle (DGEFP), et le Secrétariat d’Etat chargé de l’égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations, représenté par le Service des droits des femmes et de l’égalité entre les femmes et les hommes (SDFE).

  • Disponibilité du guide après son lancement officiel. Mise à disponibilité d’un lien de téléchargement prochainement.

 

[1] Source Eurostat

[2] Source Champ : MENESR - SIES.

 
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