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La Touline, un cordage pour les jeunes

26.04.2018 Rencontres FSE

Les jeunes qui sortent des maisons pour l'enfance, à partir de 17 ans, restent vulnérables. Il y a un risque de "rupture" et de marginalisation sociale. La Fondation Apprentis d'Auteuil expérimente un dispositif d'accompagnement pour les aider à entrer dans la vie adulte et le monde socio-professionnel.

Sup de Co Paris, l’école de commerce très réputée ne mène pas toujours à des carrières business. Pour preuve, la trajectoire de Cécile Valla, responsable de La Touline, le projet d’inclusion sociale de jeunes adultes. Il y a une vingtaine d'années, elle commence sagement sa carrière par un passage en cabinet conseil. Quelques années plus tard, elle est rattrapée par son intérêt pour les questions sociales, et plus précisément pour les jeunes. « Je souhaitais œuvrer dans l’insertion sociale. Les jeunes, ça me parlait. C’est comme cela que j’ai rejoint les Apprentis d’Auteuil en 2003 ».

Caractère énergique, cerveau bien structuré, aussi à l’aise dans les tâches fonctionnelles qu’opérationnelles, Cécile Valla a testé plusieurs types de responsabilités aux Apprentis d’Auteuil (adjointe de direction de maison d’enfants, directrice administrative et financière, secrétaire générale d’une association partenaire) avant de se saisir de La Touline qui est l’un des projets phare de la Fondation.

 

La raison d’être du projet « La Touline »    

« En 2014-2015, nous avons fait le constat de la fragilité des jeunes issus de la protection de l’enfance. A leur majorité et à la fin de la prise en charge de l’ASE (Aide sociale pour l'enfance), ces jeunes gens qui ont peu de famille et peu de liens, sortent des structures d'accueil et peuvent se retrouver dans une situation d’isolement et d’insécurité matérielle et affective, ce qui engendre un risque de rupture. En Ile-de-France, environ un tiers des moins de 30 ans des jeunes à la rue ont eu un parcours en protection de l’enfance.", analyse Cécile Valla. La fondation qui gère 56 Maisons d'enfants à caractère social (MECS) a donc cherché une solution inventive.

C’est ainsi qu’est née La Touline, du nom d'un cordage marin utilisé pour s’amarrer. Testé sur cinq sites pilotes, Paris, Dijon, Lille, Nantes - La Roche-sur-Yon, Sannois, le dispositif s’adresse aux jeunes de plus de 17 ans, qui vont sortir ou sont sortis depuis moins de trois ans d’un établissement d’Apprentis d’Auteuil. Chaque Touline est pilotée par un coordinateur. Celui-ci est chargé de maintenir un lien avec les jeunes, les aider à résoudre diverses démarches sociales et administratives ainsi que de les remobiliser en cas de « coup dur ». Pour ce faire, il travaille en étroite collaboration avec diverses entités : mission locale, structures de logement d'urgence, associations caritatives...

"Le coordinateur est un intervenant professionnel du champ social, il créé du lien. Il ne s'agit pas de traiter un dossier ni de se focaliser sur la recherche d'un emploi rémunéré. Son rôle est d'aider le jeune à penser son projet dans la vie" précise Cécile Valla. Les jeunes se rendent à La Touline une à deux fois par mois, uniquement s'ils le souhaitent. C'est un lieu d'écoute et de rencontres où l'on privilégie la dimension humaine de la relation.

 

Un bilan positif

En septembre 2017, les cinq centres affichaient un bilan encourageant : le suivi de 209 jeunes, 1 770 contacts ont été répertoriés. On dénombre 86 évolutions sur le plan de l'emploi, 71 sur le plan de la formation, 48 sur le plan de la vie sociale (logement, CMU, régularisation de papiers...).

209

En 2017, ils étaient 209 jeunes à être suivis et soutenus par le projet. 

1 770

C'est le nombre de contacts qui ont été répertoriés pendant l'année.

205

C'est la totalisation du nombre d'évolutions sur le plan de l'emploi, de la formation et de la vie sociale.

Pour Cécile Valla, ce premier bilan est plutôt positif. "Ce projet est très transversal. Nous avons réussi à passer un cordage entre tous les domaines. Cependant, il faut encore renforcer les conditions de réussite". Toute la difficulté est de renforcer le dispositif avec l'aide de bénévoles par exemple, et sans pour autant perdre sa souplesse. Actuellement, le budget de fonctionnement du dispositif est d'environ 250 000 euros mais il s'avère un peu serré.

"Jusqu'ici, nous avons peu sollicité de financements publics. Des fonds privés, BNP Paribas, PAI Partners... sont parties prenantes. Le financement FSE était le bienvenu, dès lors que nous n'étions pas enfermés dans une logique "emploi", pointe la responsable. Pour la seconde phase, la Fondation veut ouvrir plusieurs autres Toulines sur d'autres territoires et muscler un peu les équipes. "La seconde phase passe sans doute par davantage de soutiens publics (Départements, Régions, acteurs de la Politique de la Ville...)" évalue Cécile Valla.

En juin 2018, un cabinet d'études rendra une évaluation du projet La Touline. S'il est positif, Cécile Valla disposera d'un sérieux atout pour boucler le « tour de table » de la seconde phase.

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