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Objectif « zéro récidive » pour le Chantier d’insertion de Bubry

17.09.2018 Rencontres FSE

Chaque année, 90 000 personnes quittent les murs des prisons françaises et seules 25 % d’entre elles accèdent à un emploi dans l’année suivant leur sortie. Le chantier d’insertion de Bubry (Morbihan) propose un logement et un accompagnement socio-professionnel aux personnes placées sous main de justice[i] pour faciliter leur retour à la vie en société. Yannick Royer, directeur du Service Pénitentiaire d’Insertion et de Probation (SPIP 56) et Pascale Scherer, chef du service insertion par l’activité économique de l’AMISEP, l’association qui gère ce dispositif, reviennent sur ce projet soutenu par le FSE.

Comment est né le chantier d’insertion de Bubry ?

Yannick Royer : Le chantier de Bubry est un des plus anciens dispositifs de placement extérieur existant en France ; il remonte à une vingtaine d’années. Le juge d’application des peines et le directeur du service de probation de l’époque souhaitaient proposer un dispositif d’aménagement des peines permettant de mener une action continue sur l’emploi, l’accès aux droits et aux soins.

Quel est le profil des bénéficiaires et comment sont-ils orientés vers ce dispositif ?

Y.R : Le chantier s’adresse à un public exclusivement masculin. Ces personnes sont généralement condamnées pour des faits de violences, souvent liés à la consommation d’alcool et/ou de drogue. L’objectif principal étant de lutter contre la récidive.

Pascale Scherer : Pour intégrer le chantier, les détenus doivent motiver leur demande et être proches de leur fin de peine. Le SPIP leur explique ensuite les règles de vie du chantier et la décision finale revient au Juge d’Application des Peines[ii]. Le dispositif peut accueillir jusqu’à 15 personnes. Plus d’une trentaine intègrent ce chantier au cours d’une année. Certaines personnes restent plusieurs mois, d’autres quelques semaines. Le juge peut en effet décider du retrait de la personne en cas de manquement au règlement du placement extérieur.

Le chantier de Bubry combine un accompagnement social et professionnel individualisé…

P.S : Le rythme est assez soutenu. Les détenus sont hébergés du lundi au vendredi sur le site même du chantier. Le week-end, ils retournent en quartier de semi-liberté ou dans leur famille, par exemple. Ils ont un statut de salarié puisqu’ils signent un contrat de travail pour une durée de 6 mois, à raison de 26 heures par semaine. Ils réalisent des travaux de maraichage sur le site même de Bubry, de petite maçonnerie et d’entretien des espaces verts en partenariat avec des collectivités. Ils sont formés par les encadrants techniques présents sur le site. Le reste du temps est dédié à un accompagnement médico-socio-professionnel : ateliers CV, ateliers code de la route, préparation d’entretiens, remise à jour administrative, aide à la parentalité, à la recherche de logement… Cette action intégrée est notamment possible grâce à un encadrement 24h/24 sur le site (coordinateur, accompagnateur socioprofessionnel, encadrants techniques, veilleur de nuit), en lien avec la Direction de l’AMISEP.

La réussite de ce dispositif repose sur une étroite collaboration entre le SPIP et l’AMISEP. Parlez-nous de ce partenariat…

Y.R : Le SPIP a imaginé et a construit ce dispositif d’aménagement de peine avec une prise en charge globale de la personne et l’AMISEP, opérateur du projet, le met en musique. Il n’y a pas eu de fausses notes en sélectionnant l’AMISEP : l’accompagnement des personnes est son cœur de métier, tant sur le logement que sur la formation professionnelle. Par ailleurs, le partenariat « AMISEP/SPIP » c’est un travail de tous les jours. Des réunions sont très régulièrement organisées : au niveau des directions, mais aussi des conseillers pénitentiaires d’insertion et de probation, en lien permanent avec les référents de l’AMISEP.

P.S : Le rôle de l’AMISEP est d’accueillir et d’employer les détenus en contrat à durée déterminée d’insertion de 6 mois, renouvelable. Pôle Emploi délivre un agrément individuel, valable pour deux ans. Nous sommes en lien permanent avec le SPIP, qui se déplace d’ailleurs tous les quinze jours sur le chantier afin d’échanger autour des situations individuelles de chaque placé et rencontrer les détenus. La confiance est au cœur de notre collaboration avec le SPIP !

Quelles ont été les réactions de la municipalité mais aussi de la population ?

Y.R : Nous avons bénéficié d’un fort soutien de la part de la municipalité. Elle met à disposition le site et a même accepté de financer, en partie, des travaux de rénovation du bâtiment. Nous n’avons pas rencontré de difficulté particulière avec la population, le site est vraiment inscrit dans le tissu territorial de Bubry et des communes avoisinantes.

Le chantier d’insertion : quels sont ses avantages ?

Y.R : L’objectif premier est de prévenir la récidive. Sur ce type de projet, nous avons rarement plus de 30 % de récidive. Le coût du placement est également moindre : 35 euros par jour pour l’administration pénitentiaire contre plus d’une centaine d’euros par jour en détention. Autre atout : le chantier donne le temps à ces hommes de se reconstruire une place dans la société en prenant conscience de leur valeur. Sur le marché de l’emploi, ils représentent de ressources de valeur, à partir du moment où on arrive à les redynamiser.

P.S : Le chantier d’insertion permet à ces hommes de pouvoir envisager « l’après détention » d’une manière sereine et objective au travers d’un accompagnement socio-professionnel individualisé. Le chantier d’insertion leur permet ainsi de prendre ou reprendre confiance en eux et de (ré)apprendre à vivre en société. Avec un taux de réinsertion professionnelle proche de 70 %, Bubry est un chantier affichant des sorties positives : emplois directs (CDD /CDI), missions intérim, certains réactivent leur entreprise ou reprennent une activité en auto-entrepreneur…

Le chantier de Bubry est soutenu par le FSE…

P.S : Avec l’Administration Pénitentiaire, le FSE est également un partenaire financier important. Il finance l’accompagnement socio-professionnel mais aussi le chantier dans sa globalité, le personnel y travaillant et les dépenses inhérentes à son fonctionnement.

Y.R : Pour un euro enclenché et engagé par l’administration pénitentiaire, l’Europe ajoute un euro. Cela offre la possibilité de renforcer l’accompagnement par des professionnels intervenant sur le chantier. Sans le FSE, le projet n’aurait probablement pas vu le jour !

 

 


[i] Juge d’application des peines : autorité judiciaire décidant de l’entrée d’une personne sur le dispositif, par voie de jugement, en accordant un aménagement de peine.

 

[ii] Personnes placées sous main de justice (PPSMJ) : personnes soumises, par une décision de justice, à une mesure restrictive ou privative de liberté, en milieu ouvert ou fermé.

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