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6,5 millions consacrés aux jeunes en décrochage

10.11.2021 Rencontres FSE

Le Fonds social européen investit massivement, via le programme Intitiative pour l’emploi des jeunes (IEJ), pour les jeunes ni en études, ni en emploi ni en formation ; les fameux « NEET », de l’anglais Neither in employment nor in education or training. Quel bilan tirer de cet investissement ? Nous avons interrogé Béatrice Eveno, Responsable de l’évaluation et du suivi de la performance du FSE à la DGEFP (direction générale emploi formation professionnelle) et établi un comparatif au plan européen. 

Quel est le bilan de l’enquête annuelle sur les NEET ?

Cette enquête concerne les participants au programme IEJ, l’Initiative pour l’emploi des jeunes. Ce programme finance les actions en faveur des jeunes NEET de moins de 30 ans. Il est abondé par le FSE et vise à guider les participants vers l’insertion socio-professionnelle. 
La dernière enquête (juin 2020) montre une baisse d’un point du taux d’insertion pour ces jeunes dont 90% ont moins de 25 ans. Le bilan fait état de 49% de participants en emploi six mois après leur sortie de l’IEJ. Entre 2014 et 2018, plus de 500 000 jeunes ont été soutenus par l’IEJ sur le 1,3 million de NEET identifié en 2018 par le ministère du Travail. 
Par ailleurs, selon une grande étude mutualisée avec les Régions réalisée en 2018, parmi les NEET accompagnés, ceux qui s’en sortent le mieux sont les moins éloignés de l’emploi. Ceux qui requièrent une aide spécifique et renforcée sont les jeunes soumis à des freins périphérique (origine étrangère, scolarité initiale arrêtée au collège, aucune qualification). Nous devons les remobiliser et les intégrer dans un parcours d’accompagnement plus long. 
 

Parmi les NEET quelles sont les catégories les plus vulnérables ?

Je citerais les femmes, souvent de jeunes mères souhaitant s’occuper de leur enfant. D’une manière générale, les femmes sont plus impactées par la situation familiale. Nous constatons également qu’elles ont plus accès à des CDD et les hommes, à des CDI. L’autre catégorie la plus vulnérable est celle des 15-24 ans composée de jeunes en décrochage scolaire et d’autres non présents sur le marché du travail. 

Comment aider les NEET ?

Les solutions pour les accompagner vers l’insertion socio-professionnelle reposent sur le cofinancement de dispositifs par l’IEJ. Via les Dreets (directions régionales de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités), nous finançons des associations et des acteurs locaux, souvent porteurs de solutions innovantes. Il y a aussi la garantie européenne pour la jeunesse, soutenue par Pôle Emploi et les missions locales pour un accompagnement intensif. La plus grande difficulté c’est de repérer les jeunes en difficulté, sachant que selon une évaluation réalisée en 2018, 40% des personnes échappent au service public de l’emploi. C’était d’ailleurs l’objet du PIC (plan d’investissement dans les compétences), d’identifier et mobiliser ces publics invisibles.

Le profil des NEET en France

En France, comme le montrent les études de la Dares* et de l’Insee*, les NEET regroupent aussi bien des jeunes en décrochage scolaire ou en difficulté temporaire (3 mois ou moins) que des jeunes confrontés à l’absence d’emploi ou de formation pour des durées plus longues (un an au minimum).  Les plus nombreux et les plus fragiles sont les pas ou peu diplômés (niveau inférieur au CAP ou au BEP). Parmi les NEET, on comptabilise également de jeunes mères éloignées de l’emploi, mais aussi des diplômés de l’enseignement professionnel au chômage de courte durée, des bacheliers en attente de reprise d’étude ou encore les jeunes diplômés de l’enseignement supérieur à la recherche d’un premier emploi. En 2019 en France (hors Mayotte), on comptait environ 1,5 million de NEET, soit 12,9% des 15-29 ans. 

*Étude Insee réalisée en 2019 et publiée fin mars 2021 
Les jeunes ni en emploi, ni en études, ni en formation : jusqu’à 21 ans, moins nombreux parmi les femmes que parmi les hommes - Insee Focus - 229

**Étude DARES sur la situation des NEET en 2018 et publiée en février 2020
Les jeunes ni en études, ni en emploi, ni en formation (NEET) : quels profils et quels parcours ? | DARES

Les NEET en Europe, constats et comparatifs

Depuis le début de la pandémie de Covid-19, le taux de jeunes NEET dans l’Union européenne a nettement augmenté, passant de 16,4% en 2019 à 17,6% en 2020. Une évolution qui rappelle le saut de 2 points de pourcentage l’année où la crise économique et financière mondiale a frappé entre 2008 et 2009. Ces proportions élevées de NEET inquiètent les spécialistes, rapporte Eurostat dans une étude des données de l’année 2020. En effet, les crises économiques à répétition depuis 2008 menacent l’accès au marché du travail de toute une génération de jeunes Européens. A l’échelle individuelle, cela augmente les risques de pauvreté et d’exclusion sociale. Sur le plan économique, les capacités productives gâchées, ajoutées au coût des prestations sociales démultipliées, représentent des pertes considérables.
En analysant le profil des jeunes NEET à l’échelle européenne, on retrouve des similitudes d’un pays membre à un autre. Globalement, la part des jeunes en éducation et en formation augmente, tandis que celle des jeunes employés et qui ont quitté les systèmes scolaires diminue (-3,4%). Des tendances liées au manque d’opportunités professionnelles dû au marasme économique, avance le rapport d’Eurostat. Sur un marché du travail à la compétitivité accrue, poursuivre ses études pour obtenir des diplômes plus élevés représente une stratégie pour se démarquer des autres candidats à l’emploi. 
Les disparités sont aussi liées au genre, au niveau d’éducation et à la situation géographique des jeunes Européens. Plus d’une femme sur cinq entre 20 et 34 ans est NEET, contre moins d’un homme sur sept dans cette tranche d’âge. Les jeunes adultes vivant dans des zones urbaines ont moins de chances d’être sans emploi, éducation ou formation, sauf dans 4 pays dont leurs villes sont plus susceptibles d’héberger des NEET : la Belgique, l’Autriche, l’Allemagne et les Pays-Bas. Dans la majorité des pays de l’UE, les zones rurales enregistrent les taux de NEET les plus élevés. Enfin, un jeune adulte européen avec un niveau d’éducation limité (début du collège) a quatre fois plus de probabilités d’être NEET qu’un jeune passé par l’enseignement supérieur.
 

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